A Visage masqué…

Nos Amis écrivent

Le masque…

Subir cette « barrière » ou la franchir ?

Que le lecteur se rassure, il ne s’agit pas d’une injonction subversive – le virus circule encore, il faut se protéger et préserver ses semblables – mais d’une invitation à dépasser les effets barrières, voire secondaires, de ce nouvel accessoire de mode.

L’arrivée et l’installation sournoises de ce « cher » virus ont conduit les autorités politiques et sanitaires à préconiser et même exiger les fameuses mesures barrières : port (volontaire et/ou obligatoire) du masque et distanciation sociale.
En outre, ces mêmes autorités nous ont invités à « nous laver les mains » très souvent. Geste historique et symbolique qui a peut-être pour objectif de nous exonérer de toute responsabilité dans cette situation de crise !

Au-delà des critiques et des polémiques concernant la fabrication, les livraisons et l’appropriation du masque par nos concitoyens, je voudrais m’intéresser ici à sa réalité factuelle et à ses résonances relationnelles.

Comme par hasard, le mot masque tire son origine du mot italien « maschera » signifiant « faux visage » … tout est dit !

De plus le latin médiéval a donné « masca » c’est-à-dire « masque », mais avec la signification de « sorcière, spectre, démon » … nous y sommes, cet accessoire est démoniaque !

D’ailleurs,  le masque est « un faux visage que l’on met pour se déguiser », en ce bas monde ou dans l’autre, depuis le masque mortuaire égyptien, celui de la commedia dell’arte et même à notre époque au carnaval de Venise, pour ne citer que ses plus prestigieuses utilisations.

Mais ne nous égarons pas. Dans le cas présent, il s’agit de protéger (effet barrière) … mais avec pour conséquence de dissimuler une grande partie du visage (effet secondaire).

Alors concrètement comment vivre avec ?

Pour moi, trois solutions s’offrent à nous :

 S’ignorer … en croisant, le regard ailleurs, l’autre ou les autres, absorbés volontairement dans nos pensées ou plus souvent rivés sur nos écrans de smartphone.

 Se dévisager … c’est-à-dire regarder avec insistance pour essayer de découvrir, au-delà du regard et de la coiffure, le véritable visage de celle ou de celui que nous rencontrons fortuitement ou régulièrement.

 S’envisager … et donc mettre en pratique le sens d’un verbe peu usité de nos jours qui consiste à « se regarder mutuellement », « se considérer » et même « se mesurer des yeux » (5) … bref, entrer en relation par un regard expressif et ensoleillé, un bonjour sonore ou une inclination à l’orientale.

Voilà le véritable défi qui s’impose à nous si nous ne voulons pas alimenter la société de défiance dans laquelle notre pays s’envase !

Alors il faut s’affranchir de cette « barrière » – sans enlever son masque, nocivité du virus oblige – car notre monde a grand besoin de proximité (pour l’instant « distanciée ») de confiance (qui suppose notre propre fiabilité et celle ce nos contemporains) et de recherche de la vérité (qui n’est pas la vertu première de notre temps !).

Jacques Chaillot, 21 mai 2020

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