Vent de Tempête

BILLET PASTORAL

Affronter la tempête, à la lumière de Pâques…

 

Lors de la bénédiction «  à la ville et au monde », devant une place Saint Pierre vide de tout pèlerin, le Pape François a voulu faire une relecture des événements que nous vivons à partir du récit évangélique de la tempête apaisée.

La tempête se lève sur le lac de Tibériade ; à bord, les disciples, saisis d’effroi, crient vers Jésus qui dormait au fond du bateau : «  Maître, sauve-nous ! Nous périssons.» Mt 13, 25 Et nous savons la suite. «  Jésus réprimanda les vents et la mer et il se fit un grand calme. » Mt 13, 26. Puis, il les questionna sur leur manque de foi. «  Pourquoi êtes-vous si peureux, hommes de peu de foi ? «  Mt 13, 26

 

 Vent de tempête : voilà bien qui nous fait entrer dans la Semaine Sainte que nous vivons.

Vent de tempête pour Jésus.

Après avoir été acclamé suite aux miracles qu’il réalisait, à l’espérance qu’il soulevait, Jésus se voit livré par Judas, trahi par Pierre, abandonné par ses disciples. «  Au pied de la croix, il n’y avait que Marie, sa mère, le disciple Jean et quelques femmes » Jn 19, 26 Du plus profond de cet abandon, sa prière devient un cri vers son Père : «  Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mc 14, 34

Vent de tempête pour tous ceux qui avaient mis leur espérance en lui…

les petits qu’il a reconnus, les malades qu’il a guéris, les personnes exclues qu’il a accueillies, les pécheurs à qui il a pardonné. Avec la mort de Jésus, c’est toute l’espérance qu’ils avaient mise en lui qui se trouve anéantie.

«  Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Jn 12, 24

Ce récit nous parle d’abord de Jésus. Il est ce grain de blé tombé en terre . Mais, parce que sa vie était donnée par amour, Dieu, son Père l’a ressuscité. Nous avons raison de chanter, lors de sépultures : «  Celui qui aime a déjà franchi la mort. » C’est dans ce matin de Pâques, dans la résurrection du Christ que s’enracine notre espérance.

Vent de tempête. C’est la situation que nous vivons en ce temps d’épidémie.

Quotidiennement, nous suivons l’évolution du nombre de décès, de personnes contaminées ; nous sommes soumis au confinement avec toutes les situations d’isolement, de solitude qu’il engendre ; toutes les activités associatives, ecclésiales sont suspendues ; nous sommes inquiets des conséquences économiques qui frappent les familles mais aussi des pays ; nous sommes admiratifs devant l’engagement du personnel soignant et de tous ceux qui continuent leur travail. Etc C’est du cœur de ce vent de tempête que nous avons envie de crier, comme les disciples : «  Maître,, au secours ! Nous périssons. »

Mais, vers qui va ce cri ?

= Vers des responsables politiques qui, au-delà des calculs politiciens, au-delà des intérêts nationaux, sauront prendre des décisions les plus pertinentes.

= Vers des chercheurs, des scientifiques qui développent leur créativité pour trouver des traitements.

= Vers des professionnels de santé qui œuvrent sans compter leur peine.

= Vers des associations, vers les autres – et cet appel s’adresse à chacun – pour tisser, entretenir des liens de proximité et de soutien.

= Vers Dieu qui peut nous aider à traverser l’épreuve. – non pas comme quelqu’un qui userait d’une baguette magique pour faire la pluie et le beau temps – mais comme Celui qui fait route avec nous , qui a poussé son amour des hommes jusqu’à venir partager notre vie en Jésus Christ.

Et si ce cri avait déjà été entendu !

= Du fond de notre confinement, nous expérimentons notre commune fragilité, notre commune vulnérabilité, quel que soit notre statut social.

= Du fond de notre confinement, nous voyons se développer des solidarités, bien sûr, à travers les soignants mais aussi tous ceux qui, à leur mesure, apportent leur petite pierre.

= Du fond de notre confinement, nous sommes les témoins émerveillés de gestes de fraternité : des liens distendus se renouent, des proximités se manifestent de multiples manières ; des initiatives se multiplient au service des personnes fragiles ou âgées.

= Du fond de notre confinement, nous éprouvons la place irremplaçable d’une communauté pour vivre notre foi.

= Du fond de notre confinement, nous sommes renvoyés à plus d’intériorité : après quoi est-ce que je cours ? Qu’est -ce qui donne valeur et sens à ma vie ?

= Du fond de notre confinement, nous sommes questionnés sur le logiciel du développement qui laisse quantité de gens su le bord de la route .

= Du fond de notre confinement, renaît le meilleur de l’homme, créé à l’image de Dieu.

                  Voilà bien qui a saveur de résurrection.

Et si c’était cela : «  Naître à une vie nouvelle !

Et si c’était cela : «  Se laisser animer de l’Esprit du Christ ressuscité ?

Le grain de blé, tombé en terre, continue de porter du fruit.

    Abbé Marcel Bidaud

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