A Bethleem en 2019

Nous arrivons presque au terme de notre voyage en Jordanie–Israël, aujourd’hui nous visitons Bethléem.

Me reviennent à l’esprit toutes les images de la nativité : la crèche, l’âne et le bœuf, Jésus dans la mangeoire, Marie et Joseph à genoux et admiratifs devant le nouveau né, la nuit étoilée, les bergers ; tout respire la Paix et l’Espérance.

Mais revenons à la réalité : il nous faut, tout d’abord, passer le mur qui sépare Israël de la Palestine ; soldats armés qui inspectent notre car, mur de 8 mètres de hauteur, miradors, … Joseph et Marie sont-ils passés par là ? Nous nous rendons, d’abord, dans une boutique de souvenirs ; mais les marchands du temple ont tout prévu pour apaiser nos scrupules : les crèches, crucifix, et autres objets sont fabriqués en vrai bois d’olivier ; ouf ! Au moins, les apparences sont sauvées !

Mais où sont donc passées les collines sur lesquelles les bergers qui ont visité l’enfant Jésus faisaient pâturer leurs troupeaux ? A perte de vue, on n’aperçoit que des bâtiments de béton hauts de 10 à 15 étages ! Tout cela est laid … et décevant ! Allez, on respire un grand coup et on continue ! Rendons-nous à la Basilique de la Nativité. Pour y aller, nous nous faufilons au travers de la foule d’autochtones et de visiteurs ; la rue grimpe, grimpe, il fait chaud, mais le but de notre visite mérite bien cet effort.

Nous voici devant la Basilique ! L’édifice est imposant et majestueux. Nous y pénétrons par la porte basse appelée « Porte de l’Humilité » : pour entrer, nous devons courber le dos. L’intérieur est encombré de visiteurs, on y parle fort et dans toutes les langues – une véritable Tour de Babel. Nous admirons les mosaïques qui viennent d’être restaurées. Nous plaçons nos cinq doigts dans les trous de l’un des piliers et nous formulons une prière.

Nous allons donc pouvoir pénétrer dans la crypte qui mène à la crèche. Et bien non ! Un personnage important est en visite et ses gardes du corps interdisent tout passage. Seul notre photographe, Jean-Marie, grâce à une astuce de notre guide, pourra y entrer et « voler » quelques photos. Mais,c’est l’entrée côté orthodoxes qui est interdite ; nous nous dirigeons donc vers l’accès géré par les catholiques. Et nous descendons avec émotion dans cette grotte. Notre guide et nos souvenirs du catéchisme nous reviennent alors, et nous imaginons, dans ce Lieu Saint, l’enfant couché dans la mangeoire, ses parents émus autour de lui, et, bien-sûr notre âne et notre bœuf. De l’imagination, il en faut, car rien n’est vraiment organisé comme nous l’avions rêvé : point de mangeoire, ni d’animaux bien-sûr, mais un autel en pierre, froid. Le silence s’établit, nous prions.

Au retour dans le bus je ne dis rien ! Vient-on de me « voler mon Bethléem » ? Allons, sois raisonnable, ces faits se sont déroulés il y a si longtemps ; il est normal que les lieux aient changé ; tu t’attendais peut-être à retrouver la crèche de ton Église, les anges et les bergers en plâtre, l’étoile au-dessus de la grange ? Tu es donc bien naïf ! Les générations, les religions, les cultures qui se sont succédé ici ont voulu laisser leurs propres traces ; elles avaient besoin d’écrire cette belle histoire avec leurs propres mots, de construire leur propre lieu de culte … Alors ne juge pas et rentre dans ce grand mouvement de l’Humanité, et tant pis si tu dois laisser de côté tes rêves d’enfant. L’important c’est ce qui s’est passé, ici, il y a plus de 2000 ans ! C’est ça, la réalité !

Jean-Jacques DUBE,voyageur AVRELCAIS septembre 2019

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